Je m’appelle Amalie et j’ai quinze ans. Je suis une jeune fille pleine d’ambition et d’énergie. J’aime la vie et les filles. Je n’ai pas hésité à le dire à maman, qui elle-même aime les femmes. Elle vit avec mon autre maman, que j’appelle par son prénom, Alex. Parce que c’est maman qui m’a mise au monde, je l’appelle comme ça. Elles ont été en accord pour que ça fonctionne comme ça dans la famille. Je sens bien que quelquefois, ça ne convient plus à Alex. Elle se sent un peu à part, prenant le rôle de « l’homme » de la maison. Elle bricole beaucoup, elle n’est pas vraiment avec nous. Quand elle est présente, elle n’ose pas trop intervenir, parce que ça finit toujours en dispute. Maman est très contrôlante, elle ne lui laisse pas de place auprès de nous, comme si elle était la seule à savoir ce qui est bon pour nous. Mon frère, Antoine, et moi. J’aime être avec Alex, parce qu’elle est plus rigolote, elle prend les choses plus à la légère, on a plus le droit à l’erreur, à la détente. Une chambre pas rangée ne fait pas scandale, une vaisselle pas lavée, ce n’est pas la fin du monde. Maman est super crispée. Je l’entends souvent dire qu’Alex ne l’aide pas assez, qu’elle doit décider de tout, qu’elle se sent seule. 

Je me permets quand même de lui dire qu’il faudrait qu’elle ait confiance en Alex, qu’elle lui donne le droit de dire ce qu’elle pense, ne serait-ce que pour l’organisation de la journée, les vêtements que l’on porte, les week-ends, les destinations de voyage, les soirées… Mais maman m’en veut à chaque fois que je lui dis ça. Elle me dit que je ne suis pas de son côté, qu’elle fait ce qu’elle peut pourtant pour que je sois heureuse, que j’aie tout ce qu’il faut pour réussir dans mes études… Certainement, Alex contribue aussi à mon bonheur et si maman ou Alex ne sont pas bien, je ne peux pas être bien moi-même. 

Je ne veux pas prendre parti, je ne veux pas attrister maman ou Alex, mais je pense qu’elles ont des choses à régler et vite. Ça me donne à réfléchir sur la vie de couple et sur les raisons qui les ont amenées à être ensemble et à fonder une famille. Je ne ressens pas vraiment leur amour. Ce truc que j’aimerais tant vivre avec Louna. Ce sentiment que j’aimerais qu’elle ressente pour moi aussi. Je me demande si maman et Alex ont été amoureuses. La réponse semble évidente, mais je me la pose. Pourquoi se seraient-elles battues aussi fort pour rester ensemble, qui plus est se marier, avoir des enfants, construire une maison, une piscine, s’acharner à aller travailler tous les jours pour payer tout ça, si ce n’est qu’elles étaient tombées littéralement amoureuses ? Pourquoi elles ne se parlent pas plus pour tenter de régler les choses, réajuster leurs émotions, leurs comportements afin de se sentir mieux ensemble ? Je ne comprends pas… Elles s’évertuent à garder les choses comme elles sont, considérant probablement qu’elles n’ont ni le temps, ni l’énergie, ni l’amour nécessaires pour changer, attendant que l’autre fasse la démarche pour arranger les choses. Mais elles sont toutes les deux responsables de tout ce qui leur arrive. C’est quoi, ce truc qui amène les personnes à se renvoyer la faute et à ne pas se permettre d’arranger la situation afin de continuer à s’aimer comme au premier jour ? 

La fatigue, la routine, les habitudes, les mêmes rengaines font que tout se fige et se cristallise, se délite jusqu’au moment où le mépris s’installe avec le jugement, l’interprétation négative des mots et des gestes de l’autre. 

Comment je fais, moi, dans tout ça ? Au milieu de tous ces malentendus, de ces tensions ? 

 

Cet article est inspiré de mon ouvrage : Ekena, l’enfant de l’amour.