Je m’appelle Alexia. Je suis juste épuisée de rencontrer des hommes dépendants affectivement de leur mère, de leur ex, de leur enfant, et inaptes à prendre soin de moi, de leur relation amoureuse et intime. Je n’ai même plus envie d’en rigoler, parce qu’aujourd’hui, j’ai trente-sept ans.

De quoi ai-je envie, en fait ? D’un homme respectueux et courtois, amoureux, disponible à 200 % pour moi et mes préoccupations, présent quand je le souhaite et quand j’en ai le désir. Un homme sain de corps et d’esprit, pour que je n’aie pas à aller faire des analyses sanguines tous les mois, craignant d’attraper n’importe quelle maladie ou bactérie sexuellement transmissibles, pour que je n’aie pas à les assister psychologiquement comme leur mère le ferait.

Est-ce que cela existe ? Juste cela ?

Bien évidemment, je souhaite être en compagnie d’un homme ambitieux et intéressant, intelligent par-dessus tout, indépendant financièrement, autonome affectivement, ouvert aux jeux sexuels, sans tabou, me susurrant sans cesse que je suis la plus belle, que je suis la meilleure, mon prénom avec toute la tendresse et la fougue que nos relations sexuelles pourraient inspirer.

Et j’entends encore Hugo me dire et me demander avec tout l’étonnement inscrit sur son visage et dans le ton de sa voix : « Comment se fait-il que tu sois célibataire ? Toi, belle et intelligente ? » Il y a quelques jours encore, alors que nous mangions ensemble au restaurant, il ne cessait de me le répéter alors que nous étions censés être ensemble. Après tous ses désirs d’enfant avec moi, de vivre ensemble, de me rendre dépendante de lui financièrement pour m’occuper du bébé, et de m’installer sur un nouveau lieu professionnel. Et tout ça, dit aux creux de mon oreille gauche, blottie dans ses bras, le long des jolis quais à Bordeaux, assis sur les marches, je me sentais bien, aimée, attendrie et amadouée par ses mots et ses propositions. Je me sentais enfin en sécurité affective. Pour peu de temps, puisque très vite, j’ai attendu des preuves d’engagement et d’implication dans notre relation. Cependant, tout l’effet contraire s’est produit. Il est devenu de plus en plus absent, plongé dans ses déboires professionnels et incapable de disponibilité émotionnelle, intellectuelle quant à un avenir proche ensemble.

C’est lourd et difficile de passer d’une sensation agréable et harmonieuse à un vrai chaos en quelques jours, en quelques minutes. Il s’est éloigné, il n’est plus, effacé dans l’espace et le temps. Et je me retrouve à nouveau toute seule, à nouveau sans étreinte, sans sexe, sans tendresse, et sans regard doux et admiratif sur moi. Je me sens si malheureuse et si rien, emplie de douleurs et d’infinies interrogations sur ce que je suis en vrai, sur ce qui peut autant me pousser à repousser les hommes ; des hommes que je ne vois qu’au travers de leurs incompétences et de leurs incapacités, pire, au travers de leurs inaptitudes. Je suis abasourdie par une telle absence d’estime en la condition masculine.  

En ça, toute mon histoire personnelle refait surface. L’image de mon père, de ces hommes convoités par ma mère, et qui me semblent si creux et vides de sens. Ces hommes avec qui elle a osé enfanter, procréer, avec qui elle a passé un bout de sa vie, qui eux aussi étaient absents déjà à l’époque et sont absents aujourd’hui parce que décédés ou préoccupés par d’autres personnes, par leur vie quotidienne. Toutes ces histoires s’encrassent en moi, et je ne trouve plus de place pour un homme honnête et généreux. Un homme capable de répondre à mes envies, mes désirs et mes souhaits, qui me semblent tellement simples et évidents. Je ne comprends même pas qu’autant d’espace autour moi puisse rester aussi vide.

Voilà, après la lourdeur des ressentiments et des douleurs affectives, voilà que le vide pointe son nez. Un vide immense et incomblable, inévitable. Attendre d’être prise au sérieux comme je l’ai écrit à Hugo, de pouvoir être comprise et aimée pour ce que je suis et souhaite véritablement.

Et la seule pensée qui réside au fond de moi, et surtout la pulsion la plus irrépressible est de joindre à nouveau Hugo et de tenter à nouveau de lui faire comprendre mes conditions et qu’il les accepte et revienne vers moi. Ultime condition à mon admiration certaine pour lui. Mais je sais pertinemment que je ne peux pas forcer les choses, et tant qu’il se trouve bien dans ses conditions de vie à lui, quel que soit ce que je suis et aussi belle et intelligente que je sois, il ne bougera pas d’un poil. Je sais au fond que c’est impossible parce que cela ne dépend pas de moi. L’impuissance et la frustration m’habitent alors et ne me permettent pas d’être tranquille et lucide face aux événements.

Alors, que devrais-je faire d’après vous, face à ces émotions difficiles, face à mes infinies tristesses, comment puis-je retrouver la force de réveiller en moi des espoirs infinis de confiance en la gent masculine ?


Cet article a été inspiré de mon ouvrage:
“Rien d’important. Je suis une femme et j’ai 30 ans”