Je m’appelle Irvin et je suis pianiste. J’adore le son de mon piano. Je joue du jazz tout particulièrement. Quand j’ose aborder la fameuse chanson sortie en 1937 : Someday my prince will come, je me dis qu’il y a du génie dans toutes ces notes, cet enfantillage autour de l’amour. Je sens tout mon corps vibrer à l’idée de pouvoir rencontrer l’homme de ma vie, celui qui m’accepterait comme je suis. J’ai vingt-cinq ans et j’aime un homme de quarante ans. Il ne le sait pas. Je suis trop introverti pour l’approcher. Dès qu’il me regarde, je baisse les yeux. Je ne sais plus comment me mettre, comment me comporter. C’est mon professeur de piano. C’est lui qui m’a suggéré cette chanson, ce répertoire m’était véritablement inconnu. Je sais qu’il vit avec un homme de son âge, qu’ils ont adopté deux enfants originaires du Brésil. Un garçon et une fille de sept ans. Je l’envie et je l’aime à la fois. Cela fait quatre ans que ça dure. 

Quand je rentre chez lui, je sens un homme raffiné, plein de goût. Ses murs sont ornés de tableaux magnifiques. Je me suis même demandé si c’était lui qui les avait peints. Je ne me suis pas permis de lui poser la question. J’ai juste émis un « wouah » d’admiration, époustouflé par autant de créativité. Avant, j’étais habitué à une professeure âgée, partie à la retraite, peu encline à des mélodies enchanteresses. Elle m’a orienté vers la musique classique. J’ai appris beaucoup avec elle. Mais j’avais la sensation que ce que monsieur Philibert me proposait était si neuf que tout ce que je pensais avoir acquis ne me servait à rien. Il était si enjoué, si plein de passion, d’élan que je ne pouvais aucunement manquer ses concerts. Lorsqu’il se produit sur scène, je suis envieux de son aisance, de son bagou, de son sourire, de ses rires, de ses éclats de voix quand il se met à chanter des mélodies d’amour. Il est encore amoureux, amoureux de qui, de quoi ? Qu’est-ce qui maintient cette énergie aussi hautement intense et infinie en lui ? Comment fait-il ? Comme j’aimerais lui ressembler, comme j’aimerais qu’il m’apprenne à être aussi heureux que lui ! L’unique manière que j’ai trouvée, c’est de l’aimer amoureusement. Je ne pense qu’à lui, qu’à la manière dont il va pouvoir me guider, me toucher les doigts pour m’amener à faire sonner la meilleure note. Son odeur, quand il est si proche de moi me fait frémir. Il ne peut pas ne pas le ressentir. Ce n’est pas possible ! Je n’en parle à personne, je garde en moi toute cette pulsion d’amour pour lui. Difficilement gérable puisqu’il n’est pas toujours accessible. Je ne le sens pas toujours disponible et j’ai souvent l’impression que c’est ma faute, l’impression qu’il ne m’apprécie pas, qu’il n’a pas envie de me voir. 

C’est là que tout s’emmêle, que mes émotions sont si injustes avec moi. Des hauts et des bas si extrêmes que je n’arrive plus à imaginer ma vie sans lui. Je n’ai que lui dans ma vie. Nous devenons amis, il m’invite de plus en plus fréquemment chez lui, pour les anniversaires, les fêtes entre amis, je suis missionné pour animer la soirée. Il est capable de me dire qu’il est fier de moi, qu’il croit en moi. Il est le seul qui réussisse à me calmer, à me détendre et à me mettre en colère d’indifférence de sa part à la seconde qui suit. C’est sûrement ça, l’amour ! L’amour infini !

 

Et vous, avez-vous un amour secret ? 


Cet article est inspiré de mon ouvrage : Le jour où j’ai commencé à effacer les ombres.