Je m’appelle Camille, j’ai quarante ans. Je me suis donné la possibilité de retrouver une idylle rencontrée il y a longtemps. Elle s’appelle Livia. Elle est rentrée dans ma vie par inadvertance. Le coup de foudre a opéré dès la première seconde où je l’ai vue. Je discute avec des potes dans un bar, dans le centre de Bordeaux. Elle est assise sur un siège haut de bar. Elle est si belle et si joviale ! Je ne peux m’abstenir de venir vers elle. Elle ne bouge pas, elle est souriante et pleine de charisme. Je la veux, je la voudrais dans mon lit. Mais elle m’impressionne tellement que je ne sais comment l’aborder. Je sors d’une relation amoureuse chaotique avec une femme obsessionnelle. Je ne me voyais pas vivre avec elle. Nous n’étions liés que par la sexualité. Elle était prête à tout, elle était si jeune ! Impossible de prendre plus longtemps les responsabilités d’un tel lien. Elle m’étouffait par son désir, par ses fantasmes. L’excès de sexe, de cannabis, de tabac, d’alcool. Nous ne nous arrêtions que le temps pour moi de me rendre au travail, et de tenter d’exercer mon poste de commercial. Je savais que je faisais fausse route. Nous sommes restés plus de deux ans ensemble. La rupture est fraîche, trois semaines, je l’ai toujours dans ma tête, dans mes tripes. Et pourtant, j’ai envie d’un ailleurs, d’une femme plus équilibrée, plus âgée, plus mâture avec qui je peux prévoir toute cette ambition masculine de fonder une famille, d’avoir des enfants qui me ressemblent, qui assurent la lignée. C’est elle que je cherche depuis que je sais et que je ressens que j’existe en tant qu’homme.

Le sexe, il paraît que c’est primordial, que c’est hyper important dans un couple. Mais quand le couple ne se résume qu’à ça et qu’aucune discussion, aucun dialogue constructif ne peut s’opérer, il devient fade, sans goût. Oui, la relation sexuelle peut être rébarbative, répétitive au bout d’un moment. Il semble nécessaire de passer une étape supérieure. En tant qu’homme, je ne peux me permettre de révéler ce fait à mes potos, ils se moqueraient de moi. Eux qui ne parlent que de sexe, de « cul », et encore, je ne suis pas assez vulgaire en vous révélant cela. Livia, j’ai envie de lui faire l’amour, au-delà du désir pour un autre corps, je suis assoiffée de pouvoir partager ce moment charnel et émotionnel avec elle. Lui chuchoter à l’oreille droite toutes les infinies possibilités envisagées en nous unissant pour un temps, ce temps, pour une vie. Elle représente mon idéal féminin. Dès le premier mot prononcé par elle, sa voix, son ton, le mouvement de ses lèvres, son aura, je suis tombé à la renverse, me demandant presque si je ne rêvais pas. Et puis se pose la question de savoir si elle aussi est seule. Et tout s’écroule. Elle sort avec l’un de mes potes. Tout s’ébranle, je ne souhaite que disparaître à son regard afin de cacher toute ma déception et l’indissoluble tristesse qui me contient.

Il me manque du cran, du courage, de l’audace pour continuer et aller plus loin avec elle, alors que j’en ai fortement envie. J’ai fui, c’est tout ce que j’ai su faire. Son prénom, je ne le connais même pas. Je n’ai pas pris ce temps-là, cette petite seconde pour accéder à elle plus tard, pour différer la seconde rencontre. Je suis parti avec les traces de ses mains autour de mon visage, de ses lèvres sur mes joues et cet espoir déçu: « J’espère à bientôt ! »

Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?


Une histoire inspirée de mon roman :
RIEN D’IMPORTANT, JE SUIS UNE FEMME ET J’AI 30 ANS