Je m’appelle Dolorès, et j’ai trente-six ans. Je suis confrontée à nouveau à ma mère. Cette fois, elle engage de grands moyens pour me nuire, pour me toucher et me détruire. Elle fait appel à l’article 317-4 du Code civil qui dit que « l’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants ». Je lui ai pourtant proposé de rencontrer mon fils dans un endroit neutre une fois par mois durant une à deux heures. Elle a refusé. Elle le veut chez elle un à deux week-ends par mois. 

Nous ne nous entendons pas depuis des années. Je l’ai toujours vue préférer ma sœur à moi. Je l’ai même trouvée maltraitante envers moi. Elle me rabaissait constamment, me violentant physiquement. Alors qu’elle travaille auprès de personnes âgées, je ne comprends pas qu’elle ait pu se conduire de la sorte avec moi. Ai-je été si désirée que cela ? J’ai consulté, j’ai parlé de tous mes malheurs avec ma mère. Il m’a été conseillé de rétablir le dialogue en lui écrivant une lettre. Elle a tout nié, nié toutes mes souffrances psychologiques et mes douleurs physiques à son contact. Elle m’a ri au nez. Je n’ai eu qu’une unique direction à prendre. Celle de faire ma vie avec mon conjoint, celle de construire ma propre famille et d’éviter de reproduire ses atrocités. J’ai bien évidemment coupé les ponts. Ce qui ne lui a fait ni chaud ni froid. Elle n’a pris aucunes nouvelles. Dès lors qu’elle a appris mon accouchement par le voisinage, elle a téléphoné. Je n’ai pas pu refuser cet élan. C’était la première fois qu’elle venait vers moi de façon positive. J’ai perçu rapidement que c’était son petit-fils qui l’avait attirée vers moi. Elle continuait à se désintéresser de moi, de mes sentiments, de mes émotions infiniment présentes et négatives vis-à-vis d’elle. 

Mon conjoint a été ravi. C’est tellement plus engageant et plus beau une famille unie ! Une famille sans tentative de compréhension et de réconciliation ne peut être unie. Je le pensais si profondément que les heurts sont revenus de plus belle. Il a suffi d’un désaccord similaire à ceux rencontrés avant la naissance de Roméo. Elle a réveillé de vieilles querelles. Elle est restée sur ses positions. Je n’ai pu résister à l’envie de m’éloigner, de fuir cette relation toxique. Roméo a trois ans et il s’est entiché de sa grand-mère : « mamie par-ci, mamie par-là ». Elle lui offre tout ce qu’elle m’a refusé, elle se comporte avec lui comme avec le fils qu’elle n’a jamais eu. Je la déteste de ne pas se montrer aussi enthousiaste avec moi. Elle continue malgré tout à utiliser les mêmes saloperies de mots provoquant des maux indélébiles. J’ai beaucoup réfléchi avant de prendre la décision de la sortir de mon périmètre de fréquentation. Mon conjoint a essayé de recoller les morceaux. Ma mère a fini par ne s’adresser qu’à lui, par nous insulter à chaque appel téléphonique, nous menaçant de porter l’affaire en justice. Elle a beaucoup d’argent, elle a les moyens de ce qu’elle dit et en même temps, je n’osais imaginer qu’elle puisse acter cette menace. 

Le jour où j’ai reçu une lettre de son avocat pour une demande de droit de visite auprès de Roméo, je me suis écroulée de peur et de colère. Je me suis promis de lui résister coûte que coûte, de ne plus céder à ses desiderata, elle avait dépassé les bornes de mon amour pour elle, de la patience infinie d’une fille en recherche de reconnaissance face à une mère ingrate. Deux ans que la procédure dure. Mon corps s’est brisé comme mon cœur. Cassée en deux, mon dos a encaissé tous les coups de l’attente, des attaques, des remontrances. Je maudis cet article qui devrait jouer de jurisprudence. Il ne fait que réitérer des monstruosités vécues dans mon enfance, il me pulvérise, et démolit ma relation à mon conjoint et mon fils. Comment envisager une reconstruction personnelle quand la justice s’en mêle ? 

Et vous, où en êtes-vous avec vos parents ? 

Cet article est inspiré de mon ouvrage : Le jour où j’ai commencé à effacer les ombres.