Je m’appelle Théodora, j’ai trente-six ans. Je me suis accordé une petite journée détente afin de me retrouver dans mon cocon de bonheur, d’émotions, de tristesse, de mélancolie, de rêves, d’imagination et de fantasmes d’un amour infini. Je le rêve et le bade depuis plus de vingt-deux ans. Dès mes dix-huit ans, j’ai émis l’idée saugrenue de pouvoir être en présence de l’homme que je pourrais aimer toute la vie. Un homme beau, grand, intelligent, et surtout gentil. Des critères normaux pour une femme de mon âge. Un homme à la hauteur de mon souhait de construire une vie à deux, à trois, à quatre, avec des enfants qui pourraient lui ressembler, des enfants adorables à l’image d’une éducation irréprochable. Une éducation bien différente de celle que mes parents m’ont donnée. Je me targue de faire mieux qu’eux, eux qui ne s’aiment plus, qui restent ensemble par habitude, par routine, par confort matériel. Ils ne se parlent plus, ils ne font que partager la même maison. Les chambres sont séparées, les lits laissent un froid. Ce n’est plus un secret. Tout le monde le sait et fait comme si ça n’avait pas existé. Avec mon frère, nous discutons d’eux. Lui, il s’est marié, il a trois enfants, il a l’air heureux. Je l’envie. Le portrait de famille qu’il offre semble si parfait ! Il m’arrive de lui poser des questions sur cette belle réussite. « Comment as-tu fait ? Aimes-tu toujours ta femme ? Je t’admire ! » Yoan me prend dans ses bras pour me réchauffer le corps et le cœur. C’est mon grand frère adoré. Il a sept ans de plus que moi. Je sais qu’il ne veut que mon bien, mais il est triste de me voir si chagrinée et en mal avec la situation de maman et papa, avec ma situation, mon statut de célibataire. Il me rassure, me dit : « Tu es belle comme tout, tu es intelligente et touchante, tu as juste oublié de te centrer sur tes désirs les plus profonds. Très vite, dès l’âge de douze ans, je me suis promis de trouver celle qui m’accompagnerait dans mes aventures professionnelles et personnelles, celle qui m’accepterait tel que je suis et que je chérirais pour cela. Ce n’est pas tous les jours facile, tu sais. Je me suis engagé auprès d’elle, en tout et pour tout, sans déroger à rien. Nous dialoguons beaucoup. Nous fuyons l’ennui et la routine, qui sont pourtant indispensables dans l’absolu pour élever nos enfants dans la plus grande stabilité émotionnelle qui soit. Et ce qui se passe entre maman et papa ne nous regarde pas. C’est leur choix, un choix qui ne regarde qu’eux. »

J’entends ce qu’il dit, et ça me paraît si étranger que je ne pense pouvoir saisir le tiers de son discours. Ça demande tant d’efforts que cela ? Où se trouve la légèreté là-dedans ? J’aimerais tant vivre un amour fou, une folie douce, des vibrations de vésanie… J’ai voulu des enfants de chaque homme rencontré dans les pays étrangers visités, de nationalités différentes. Un peu à la Joséphine Baker, mais les porter, en accoucher et les aimer quelles que soient leur couleur de peau, leur langue maternelle, leur état d’esprit, par plaisir de faire l’amour comme si c’était la dernière fois, avec un contentement inouï, et démontrer à chaque fois de l’amour éprouvé pour cet homme à cet instant précis. Les enfants ne pourraient qu’être beaux, remplis de cet amour, de cette combinaison de folie et de désir. Beaux à en mourir, prêts à renverser le monde afin de propager la béatitude et le ravissement, déplorant les guerres et les tueries qui ne font qu’écourter quelques vies, sachant qu’elles mourront de toute manière. C’est le rêve de mes treize ans, le rêve de ma vie, d’une vie trop fugace pour être réalisée, d’une société si enfermante. Rêve d’arc-en-ciel, de feux d’artifice, de fêtes, de ravissement, de partage et de paix.

Et vous, quel est votre rêve le plus fou ? Pensez-vous le réaliser, donneriez-vous votre vie pour cela ?


Une histoire inspirée de mon roman :
LES FILLES TOUCHENT L’EAU ET LES GARÇONS VOIENT UNE ÉTOILE FILANTE