Je m’appelle Jérôme et j’ai quarante-cinq ans. Je suis célibataire, sans enfant. Je n’en veux pas. Les femmes que je rencontre ne comprennent pas. Elles sont toutes prêtes à avoir un enfant avec moi, à se marier. On ne se connaît pourtant pas. Mais qu’est-ce qui leur prend ? C’est vrai que je suis un beau gosse, il ne faut quand même pas exagérer. Qui a dit qu’il fallait se marier et avoir des enfants pour être heureux ? 

 

Quand j’entends mes collègues de travail se présenter en formation, je suis abasourdi. L’un dit : « J’ai cinquante-cinq ans, je suis marié et j’ai deux enfants », l’autre déclare : « J’ai cinquante-deux ans, je suis mariée et j’ai un enfant », et puis le suivant : « J’ai soixante-deux ans, je suis marié et j’ai quatre enfants » tout en continuant à décrire leur cursus universitaire et professionnel. Quand arrive mon tour, je me sens obligé d’appuyer sur le fait que je ne suis pas marié et que je n’ai pas d’enfant. Ça dénote, quand même. Je sens leur regard pesant et étonné sur moi. Je suis différent et je ne me sers pas des êtres humains qui m’entourent comme de trophées, de preuves d’une valeur quelconque de fidélité, de stabilité. Surtout que la plupart passent leur temps au travail et ne s’occupent ni de leurs enfants ni de leurs partenaires. Et parce qu’ils passent autant de temps au travail, ils restent entre eux et entretiennent quelquefois des relations sexuelles, amoureuses. 

 

C’est marrant, parce que je me suis toujours interdit d’avoir des relations intimes au travail. Je fais en sorte de distinguer le monde personnel et professionnel. Je rencontre mes idylles lors de soirées, de sorties entre amis, des speed datings. J’adore entrer en relation avec de nouvelles personnes. J’ai la forte impression de ne pas faire partie du même monde. Parce que je fais le choix de ne pas avoir d’enfant, la conséquence est que je suis hors norme, qu’on me met en dehors de la société, d’une société dans laquelle il est absolument nécessaire de rentrer dans le moule pour être accepté. C’est bizarre, quand même ! Je suis un homme, ça semble plus facile comme ça. J’ai des retours du genre : « Tu as encore le temps, les hommes font des enfants jusqu’à soixante-dix ans… » Ils ne sont pas bien du tout. Je n’imagine pas les femmes de mon âge et qui sont dans mon cas. On ne peut pas se permettre de leur dire ça, à elles ! 

 

C’est aussi plus facile pour moi, parce que comme je suis certain de ne pas avoir envie d’avoir des enfants, j’ai pris rendez-vous pour subir une vasectomie. C’est plus simple, je n’aurai aucun problème de « trahison ». En couple, ma partenaire n’aura aucun besoin de se protéger, de prendre la pilule, ou de subir une opération trop importante. Moi, je n’ai besoin que d’un chirurgien, de dix minutes et le tour est joué. Il paraît aussi que c’est réversible. Je vais me renseigner davantage. C’est tellement bon de prendre ses responsabilités, d’être clair avec soi ! On pourrait me demander : « Et si tu tombes amoureux d’une femme qui veut absolument des enfants ? » Je répondrais : « On verra, on discutera, mais ce n’est pas ça qui nous séparera si nous nous aimons d’un amour sincère »

 

Suis-je trop idéaliste ? 

 

Qu’en pensez-vous ? 


Cet article est inspiré de mon ouvrage : Ekena, l’enfant de l’amour.