Je m’appelle Vadim, et j’ai cinquante ans. J’aimerais bien tomber amoureux d’une jeune et jolie femme. Mais je me sens si vieux déjà ! Personne ne m’a dit qu’à cet âge-là, on est amené à subir les affres du temps de façon aussi insidieuse. En plus des rides et des cheveux blancs, si apparents, j’ai découvert que les kystes, les bosses, les lipomes qui se sont installés là, sous ma peau, comme des preuves de mon irresponsabilité dans ce que j’ai pu manger, ou pas, dans mon rythme de vie. Je ne fume pas, je ne bois pas pourtant. J’aime manger de la viande, des chips, des choses un peu grasses, ce sont les seuls plaisirs que je m’octroie. Avec le sport, un peu de musculation, j’ai l’air d’un homme qui prend soin de lui. 

 

Au fond, je sais que je vieillis et que je prends la mauvaise pente. Je suis divorcé depuis plus de cinq ans. J’ai vécu avec la même femme pendant vingt ans. Nous sommes restés amis. Nous n’avons pas pu avoir d’enfants. Comme j’aimerais en avoir ! C’est trop tard, d’après vous ? Si je rencontre une femme demain, il nous faudra un peu de temps pour nous connaître, pour tomber amoureux, un an sera déjà passé. Prendre le temps de partir en voyage, de nous amuser avant d’envisager de fonder une famille. Deux ans seront encore passés. J’aurai cinquante-trois ans. Si je calcule bien, quand j’aurai soixante-deux ans, mon enfant n’aura même pas dix ans. Qui, à dix ans, rêverait d’avoir un père vieux et incapable de donner un peu beaucoup de lui pour jouer au laser game, au ballon, aux jeux dans l’eau ? Et puis, si je veux vraiment un enfant, est-ce que toutes ces questions comptent vraiment ? Quand les femmes de cinquante-deux ans tombent enceintes accidentellement, parce que pensant être en ménopause, elles ne se protègent pas pendant un rapport sexuel avec leur mari, et qu’elles décident de le garder, qu’est-ce qu’on en dit ? 

 

C’est la vie, c’est tout. Ça fait partie du cycle de la vie. Tout a des conséquences, tout ce que nous faisons a des conséquences. Si je ne fais pas d’enfants, d’autres en feront, même à mon âge. Pourquoi je me priverais d’en avoir ? L’idéal serait que je sois amoureux de cette femme qui sera la mère de mon enfant. Pour ça, il faut qu’elle soit jeune… Mon voisin, qui a cinquante-cinq ans, vit bien avec une femme qui a plus de vingt ans de moins que lui. Ils ont deux bébés, des jumeaux, il a l’air très heureux. Il a deux enfants plus âgés de vingt-cinq ans et vingt-deux ans. Deux garçons aussi. Tout le monde semble accepter cette union et cette situation familiale. 

 

Qui oserait juger ? Et ça servirait à quoi puisque les personnes se donnent le droit et la liberté de faire ce qu’elles veulent ? La loi ne l’interdit pas. Est-ce que je vais passer pour un vieux pervers si je décide maintenant d’avoir un enfant ? Si je choisis de tomber amoureux d’une jeune femme ? Si je me permets de m’accomplir à travers une vie de famille dont j’ai toujours rêvé ? 

 

Qu’en dites-vous ? 



Cet article est inspiré de mon ouvrage : Ekena, l’enfant de l’amour.