Je m’appelle Yaëlle et j’ai trente ans. Je suis célibataire depuis trois ans. Je pense toujours à cette relation qui a duré quatre ans. Je ne peux toujours pas croire que j’ai passé autant de temps avec Dylane. La routine, la routine, la routine, c’est tout ce qui comptait pour lui. Casanier, il passait ses week-ends soit à regarder des films d’une violence folle, soit à dormir. Son travail y était sûrement pour quelque chose, mais je n’ai pas pu supporter. Je l’ai trompé avec un autre homme, plus beau, plus jeune, plus attirant. Musclé, intéressant, intéressé par moi, j’ai craqué. Il a suffi de dix jours sans Dylane et mes habitudes de séductrice ont repris le dessus. Une formation à Paris m’a donné des ailes. J’avais besoin de sortir de ce marasme quotidien, de cette fadeur imposée. J’ai pu ressentir que je plaisais encore, que j’avais encore du désir, que mon corps était affamé de câlins et de tendresse. 

 

Je me suis retrouvée face à Julien, vingt-deux ans, ingénieur en informatique, fun, à la mode, avec une fraîcheur immense dans son sourire. Ses yeux pétillants, sa peau extraordinaire, ses mains magnifiques. J’ai eu l’impression d’être une vraie midinette. Mon âge m’a échappé, mon élégance de femme mûre a laissé place à une jeune fille simple et naïve. Julien n’a pas hésité à y mettre toutes les formes de respect et d’attention. Il avait tout réuni pour que je tombe dans le panneau du moment présent. Profiter de ce qui se présente, et que je ne pense plus à Dylane. Ce dernier semblait si inanimé, si indifférent ! Pourtant, je suis restée dans l’espoir d’un changement, dans l’espoir secret de construire une vie de famille avec lui. Il ne se décidait pas à avoir d’enfant, il s’axait sur le meilleur moyen de récupérer de cette fatigue. Nous avions omis de communiquer. Le temps passait si vite que mon horloge biologique s’affolait. Pressée, empressée de tirer avantage de tous les instants de plaisir afin de me sentir à nouveau exister. 

 

Je pense que je l’ai détesté, je pense que je l’ai haï de m’avoir prise en otage de son rythme de vie. Il a fallu cette extraction de cette bulle de sécurité et de stabilité trop tranquille pour que je m’aperçoive que je m’étais clairement oubliée. J’avais disparu sans faire gaffe. Dylane en était-il complètement et entièrement responsable ? Peut-être en partie, puisqu’il était tout de même chargé de prendre soin de lui, de se pencher de temps à autre sur notre couple afin de le préserver, de lui trouver une place plus alléchante, plus enviable. 

 

Je me suis entichée de Julien. Une passion est née. J’ai quitté Dylane du jour au lendemain. Il n’a pas compris. Dès lors, il s’est réveillé, s’est aperçu avec effroi de la cassure. Il ne m’en a pas voulu. Il a tenté de comprendre. Je lui ai expliqué. Il disait m’aimer plus que tout. Ces mots, je ne les attendais plus. Ils ne m’ont pas touchée. C’était trop tard. Je ne l’aimais plus, je savais de quoi il était capable, de rien, en fait. Je suis encore étonnée de la froideur avec laquelle je lui ai répondu. Je l’ai laissé tomber. 

 

Ma relation à Julien a duré trois mois. Trois mois pendant lesquels nous nous sommes accrochés. La jalousie, la possessivité ont été plus fortes que nous. Il ne supportait pas que je continue à parler avec Dylane, il a exigé que je coupe les ponts. Impossible de tirer un trait sur ces quatre ans de ma vie amoureuse. C’était comme nier que j’avais aimé Dylane, que j’avais cru en lui. J’ai fini par quitter Julien aussi. Entre tranquillité mêlée de stabilité et d’ennui et passion remplie de hauts et de bas, j’ai choisi de m’assumer en tant que femme, prête à en découdre avec la solitude, avec moi-même. Un temps pour savoir qui je suis vraiment avec les possibilités infinies qui s’offrent à moi sans avoir forcément besoin d’un homme pour les exaucer. 


Cet article est inspiré de mon ouvrage : Rien d’important. Je suis une femme et j’ai trente ans.