Je m’appelle Candice et j’ai quarante ans. Je suis tombée sous le charme d’un homme de trente ans. Ma copine s’est amusée à lui demander son âge, s’il avait une copine, son numéro. Il a répondu à toutes les questions sauf à une : ce que cette chaîne faisait autour de son cou. Esteban est serveur dans un restaurant de Bordeaux, célibataire, il est blond aux yeux bleus et c’est le type d’homme qui me correspond. Il est svelte, un peu marqué par la fatigue de sa profession. Il le dit, il a travaillé six jours d’affilée, midi et soir. Il a hâte de prendre ses deux jours de congé. J’ai l’impression de lui plaire. Je lui demande à mon tour son prénom. Nous nous présentons tous les trois. Avec Nina, nous nous amusons à le provoquer, à lui sourire, je trouve même qu’elle va un peu trop loin. 

Je ne suis pas du tout en condition pour rencontrer un homme. Je suis fatiguée moi-même de ces journées de travail harassantes, je ne crois plus du tout en l’amour, au fait de vivre une vie amoureuse à nouveau. Mais Nina insiste. Après avoir pris son numéro de téléphone, sans gêne et à grand bruit, elle me propose de l’appeler. Je lui dis clairement que je ne veux pas entamer une quelconque relation, que je sais comment ça finit et que je ne souhaite absolument pas souffrir. Ce manège amoureux, je le connais pour l’avoir vécu tant de fois. Je dis amoureux parce que je me connais très bien. Je sais que je m’attache très vite, que je peux tomber rapidement amoureuse d’un homme qui me plaît franchement. 

Dès que nous sommes rentrées à la maison, Nina a voulu que je copie le numéro de téléphone d’Esteban sur mon smartphone avant d’aller dormir tout en me poussant à communiquer avec lui. Je le prends par dépit. Au lit, je suis curieuse. Sur WhatsApp, je découvre sa photo. Il est encore plus beau que dans mon souvenir. Je ne peux m’empêcher de le contacter malgré l’heure tardive. 

Il me répond à la seconde. Nous nous vouvoyons, nous discutons jusqu’à trois heures du matin. Il me plaît de plus en plus. Un rendez-vous physique est pris. Je suis heureuse de l’annoncer à Nina. Les fautes d’orthographe fusent. C’est ce que je redoutais à la base. Ça peut montrer un manque d’instruction et représenter une gêne pour moi qui loue la langue française. Nina m’encourage à poursuivre. Je poursuis. 

Le surlendemain, nous nous revoyons. Je me sens comme une petite fille. J’ai perdu l’habitude de séduire, d’entrer dans la danse des amourettes. Deux bises suffisent à nous lier et à nous permettre de nous tutoyer. Il veut manger. Je lui trouve un restaurant sympa. Ça y est, nous sommes face à face à une table assez large. Nous nous regardons attentivement, comme pour rechercher un défaut que nous n’aurions pas perçu la première fois. Je suis rassurée, il est vraiment beau et la manière dont il parle de lui me ravit. Très vite, nous révélons nos désirs pour l’avenir. Il veut des enfants, au moins un. Je me décompose, mon enthousiasme retombe parce que je suis persuadée de ne pas être cette femme avec qui il fera cet enfant. Une vague d’émotion anéantit toutes mes projections avec lui. Ça me remet à ma place. 

Et même s’il me dit qu’il n’est pas trop tard pour avoir un enfant, je le refuse en bloc. Il est trop tard pour moi pour l’envisager. Un homme avant lui a choisi une autre femme que moi pour construire sa famille. Je suis à nouveau confrontée à cette situation. Cependant, je ne veux pas arrêter de le connaître. Peut-être fut-ce mon erreur, peut-être n’aurais-je jamais dû le contacter. C’était trop beau pour être vrai. 

Dès cette première rencontre, nous savons tous les deux que nous n’avons pas les mêmes attentes. 

Vous auriez continué, vous ? 

 

Cet article est inspiré de mon ouvrage : Le jour où j’ai commencé à effacer les ombres.