Je m’appelle Maël et j’ai vingt ans. Je suis attiré par les belles filles, grandes, fines, blondes, aux cheveux longs et aux yeux bleus. Impossible de m’imaginer avec une fille qui ne me plaise pas physiquement. Ça compte infiniment. Entre ma meilleure amie, Eugénie, brune, petite aux yeux marron et ce genre de fille, je ne réfléchis pas. C’est d’une évidence incontestable. Je vois, je lis, et j’entends les plus de trente ans se prendre la tête sur cette idée de discrimination. Je sais que certains garçons aiment les filles en surpoids, avec des seins énormes, des fesses bombées, des cheveux courts, roux, aux yeux verts. Chacun ses goûts. Je le précise, pas pour me défendre, juste pour souligner que je n’y peux rien. C’est inné, j’ai l’impression. 

En cela, je me suis disputé avec Eugénie. Elle s’est sentie fortement éprise de ma personnalité, de ma bonne humeur, de mon écoute. Je l’aime bien, mais je ne peux pas me forcer à l’aimer d’amour. Elle n’a pas compris la non-réciprocité. Difficile de discuter avec elle. Elle est touchée dans son ego. Je ne dis pas qu’elle est moche, je n’ai juste pas d’élan vers elle. Je ne vais pas me mettre avec elle parce que ma mère l’apprécie, parce que ma sœur l’adore, que mon père la voit comme la belle-fille idéale. Pourquoi cette pression familiale ? À mon âge, je veux choisir celle avec qui j’ai envie d’être. Je risque de perdre Eugénie, son amitié si essentielle à mon équilibre. Je lui ai raconté tellement de moi, de ce que je suis, de ce que j’aime, de ce que je déteste qu’elle me connaît par cœur. Comment ne pas la blesser, comment lui dire que je ne l’aime que d’amitié ? Suis-je responsable de ce qu’elle ressent ? Suis-je coupable de refuser ses avances ? Elle pleure, elle pense que je l’abandonne, elle s’acharne, elle insiste, elle me harcèle, elle est si mal… Dois-je céder ? 

Sur le coup, je n’ai plus personne à qui me confier. Je deviens un paria et un incompris à la fois. Je suis tellement désolé pour Eugénie ! Je pleure moi-même de ne pouvoir la satisfaire. On parle souvent de profiter du moment présent. J’avoue que si je le pouvais, et ça me faciliterait la vie, je serais déjà avec elle aujourd’hui. Je suis accusé d’être immature, je suis prévenu que je le regretterai. Comment peuvent-ils être aussi persuadés de ce qu’ils balancent ? Je ne vais pas du tout dans ce sens. J’ai confiance en moi, et je sais que je ne souhaite pas subir une relation amoureuse. Je suis convaincu de ce que je ressens quitte à rester seul, quitte à être vu comme une personne injuste, sans pitié, sans compassion, sans sentiment aucun. Il est hors de question que je me lie avec une fille qui me convient à peu près. Si papa s’est contenté de maman, et tardivement, en plus, c’est son problème. Si ma sœur se limite à la monotonie de son couple par recherche de sécurité, c’est son truc. Si Eugénie est tombée amoureuse de moi, ce n’est pas mon affaire. Il faut qu’elle se débrouille avec ce sentiment et tout particulièrement avec ma résistance. Je suis dans l’impossibilité de changer d’avis et ce n’est pas par la force, le « tarabustage » de mes propres attentes que ça passera. 

 

Je me sens obligé d’être ferme, d’être froid devant tous. Je devrais peut-être exprimer moi-même mon désarroi afin d’être perçu comme une victime. Une victime, je n’en suis pas une. Je ne veux pas jouer ce rôle, ça ne m’intéresse pas. Je ne me considère pas comme un bourreau non plus. Je ne suis pas responsable de ce qu’Eugénie ressent. Je ne vais pas m’en vouloir d’être excité par ce que j’estime être de belles filles. J’adore m’émouvoir face à elles. J’aime ce qu’elles me procurent, c’est infiniment bon. Je ne vais pas me priver de ça !

 

Qu’en pensez-vous ? 


Cet article est inspiré de mon ouvrage : La couleur des émotions.