Je m’appelle Constance et j’ai quarante-trois ans. Ma mère m’a donné ce prénom en espérant que je sois aussi constante que lui. J’ai bien essayé, mais il est difficile de concevoir que cette qualité ne puisse provenir que de l’attachement que je donnais à l’idée d’amour, et non plus à un homme, l’homme sur qui j’aurais pu m’appuyer pour continuer ma carrière d’écrivaine. J’ai dû écrire une lettre à Erwan afin de clore cette relation et de reprendre mes esprits. Je ne souhaitais plus le voir comme celui qui allait me sauver. Alors, j’ai déversé tout mon désarroi, toute mon aigreur sur ce papier. 

« Tout ça, c’est fini malgré tous mes efforts. Tout ça est terminé, parce que je me sens plus légère de cent treize kilos et plus, d’un corps inerte et lourd et pataud contenant un cerveau transparent et du sang froid, absent de chaleur.

Je ne vois plus de fantôme en face de moi, je ne vois que le vide que tu as laissé.

Tu te rends compte, je me suis attachée à ton égoïsme, à ta solitude et ton impuissance, parce que ça me permettait de me battre contre quelque chose : mes vieux démons ont repris le dessus. Je me suis attachée à ton souhait de prendre en main tout ce qui concernait la maison.

Purée, que de bêtises et de conneries !

Je ne me souviens même pas des moments de rire et de complicité qu’on pouvait avoir. On n’arrêtait pas de se contredire, de tenter de dominer l’autre, de le rabaisser ou de l’humilier devant les autres.

Même le sexe me semblait fade avec toi, tu fermais les yeux, là aussi tu étais seul, tu me laissais toute seule. Et tes éjaculations précoces ne laissaient aucune place à mes orgasmes, à mon propre plaisir. Heureusement que j’avais mon sex-toy !

Roh là là ! Et c’est toi qui refuses de revenir vers moi, et c’est moi qui pleure ton absence physique, et c’est toi qui me lourdes froidement alors que les larmes démontrent ma détresse et ma dévastation de ne pouvoir avoir une deuxième chance d’apprendre de nos erreurs !

Cinq ans et plus d’anéantissement émotionnel total, dans ce vieil espoir que tout peut changer si on le souhaite et si on l’imprime vraiment et tout particulièrement si on s’aime vraiment, si on est vraiment amoureux.

Mais je voulais oublier que ce n’était pas le cas pour toi. »

Au moment où je lui écris, je me rends compte à quel point je me suis battue pour rester avec lui, espérant un retour à la hauteur de mes attentes. Et moins j’étais satisfaite, plus je lui demandais ce qu’il était incapable de m’offrir. Pourquoi ai-je fonctionné de cette manière ? Entre ma mère qui me tannait pour que je fasse mon maximum pour maintenir ma vie sociale à flot et mon père qui méprisait Erwan, je me suis retrouvée face à mes propres contradictions. J’étais amoureuse, mais seule dans cet état. Quelle logique m’a poussée à poursuivre une telle relation ? Attachée à l’amour infini éprouvé pour lui, je n’ai pas souhaité voir ce qu’il n’éprouvait pas pour moi, pire, j’ai accepté qu’il ne soit pas amoureux de moi. 

Qu’est-ce qui m’a pris ? 

Cet article est inspiré de mon ouvrage : Les filles touchent l’eau et les garçons voient une étoile filante.