Je m’appelle Déborah et j’ai trente ans. J’aspire à être heureuse, et je pense que ce bonheur passe par le fait d’avoir un enfant avec l’homme avec qui je partage ma vie. Deux perceptions, nous avons deux perceptions différentes de l’accomplissement personnel. Il a vingt-sept ans et ne voit pas l’urgence de construire une famille. Il aime jouer aux jeux vidéo, il peut rester toute la journée devant ses écrans et ne prendre aucun temps pour le couple, pour moi. Je fais tout pour lui faciliter la vie. Il travaille dur, il semble si fatigué et usé par ce labeur professionnel ! Il est mécanicien automobile. Je vois bien qu’il ne s’intéresse pas à ce que je ressens, à ce que je fais. Les disputes se multiplient. C’est à qui crie le plus fort, et à qui a raison. Je fais des efforts, je pense avoir toujours été présente pour lui. 

 

Je m’accroche à lui comme mon dernier recours à mon épanouissement, comme à une bouée. Je me sens naufragée d’une histoire sans fond. Il ne m’entend pas, il ne m’écoute pas, je me sens impuissante. Je n’ai plus envie de lui, il s’est éloigné. Je suis devenue une femme d’intérieur, je suis sa boniche, il ne prend aucune initiative dans l’appartement. Je coule, je ne respire plus, je souffre d’un manque de considération que je ne pense pas mériter. 

 

La dépendance affective me cloue à ses côtés, comme si je n’avais pas d’autres choix. Je suis liée à lui depuis six ans, et pendant six ans, je me suis consacrée corps et âme à notre relation. J’ai commencé par l’aduler, l’admirer, l’aimer passionnément, j’ai continué à l’aimer tendrement, pour finir par ne plus le reconnaître, par ne plus me reconnaître digne de vivre en couple avec lui. Nous avons laissé passer le temps, nous n’avons pas agi, nous nous sommes laissé aller. J’ai pris sept kilos, et je ne me sens plus désirable. Lui, au contraire, a maigri à force de stress et de tensions accumulés. Il a des douleurs dans le dos, il ne bouge plus. Les seuls moments partagés sont ceux devant la télévision, dans ce canapé qui a fini par prendre la forme de nos corps essoufflés. 

 

Comment sortir de ce marasme ensemble ? Je lui en parle, mais pas de la bonne manière. Je lui fais des reproches à longueur de journée. Je pense que ça ne peut que le faire réagir. Il réagit en effet et de la même manière, des reproches s’accumulent et rien ne se résout. Nous en arrivons à nous détester, presque à en venir aux mains. Il me bouscule, je le mets à la porte. Ces accès de violence nous dépassent. 

 

Mon père ne dit rien, ma mère me demande pourquoi je m’obsède à tenter de sauver cette relation où le manque de respect s’est installé et continue de compliquer la communication. Ils sont séparés, eux. En quoi seraient-ils de bon conseil ? Mes amies me dévoilent qu’elles s’inquiètent pour moi, que je devrais demander une aide extérieure. Ça vaut peut-être le coup… six ans d’une vie, de ma vie valent la peine que je me démène pour trouver des solutions à notre possible réconciliation. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? 

 

Mon collègue me drague, il serait sûrement plus facile de quitter Kévin…

 

Qu’en dites-vous ? 


Cet article est inspiré de mon ouvrage : Ekena, l’enfant de l’amour.