Je m’appelle Gaspard et j’ai trente-cinq ans. Je vis avec une femme qui ne prend pas soin d’elle physiquement. Je pratique le sport à outrance, courant, faisant du vélo dès que j’ai une minute de libre. Gloria est très belle, elle a des yeux magnifiques, d’un vert à mourir. Je l’ai très vite repérée lors de la fête du village. Elle traînait avec ses copines, et je me suis promis de la séduire. Difficile promesse quand on n’a que dix-huit ans et que la timidité reste un obstacle majeur à la relation aux autres. Mais j’ai réussi, elle est ma conjointe aujourd’hui, nous avons même une petite fille de cinq ans, pénible, mais nous l’avons conçue ensemble. Je sais que j’en demande beaucoup à Gloria. Elle travaille dur comme moi dans la journée, elle revient le soir fatiguée, elle doit s’occuper de Justine, faire à manger, la doucher, la dorloter en l’amenant au lit. Nous sommes habitués à ce fonctionnement. Elle semblait si prête à être maman qu’elle a pris les devants, me poussant en dehors de cette relation exclusive entre elle et ma fille. J’ai laissé faire, elle ne me demandait rien. Très content de poursuivre mes petites habitudes de célibataire, tout en étant conjoint et papa, je n’ai pas voulu déroger à mes mon goût pour la chasse, mes virées sportives avec mes potes. De plus en plus absent, de moins en moins impliqué dans la vie conjugale, familiale, j’ai vu Gloria se rebiffer quand je m’approche d’elle le matin comme le soir pour faire l’amour. Elle n’a donc plus envie de moi ? Pour qui elle se prend ? Elle ne me dit rien, mais j’entends bien qu’elle s’agace de plus en plus, parlant de mes absences comme d’une échappatoire. Elle finit par me reprocher de ne pas l’aider à la maison, auprès de Justine. Je ne comprends pas, c’est pourtant ce qu’elle voulait.

Très mécontent, je la pousse dans ses retranchements en lui hurlant que c’est elle qui a instauré ce mode de fonctionnement, m’interdisant de toucher à la cuisine, à la douche, à l’endormissement de Justine. Je reste sur mes positions, elle reste sur les siennes. Je suis si à l’aise dans mes habitudes qu’elle n’a pas le droit, comme ça, d’exiger de moi des choses qu’elle m’a refusées à une période. Je ne la vois plus comme avant. La femme magnifique et attirante laisse place à une nana qui a pris du poids et qui râle. Je la déteste. Je n’ai qu’une envie : aller voir ailleurs. Elle le ressent sûrement, mais je m’en fiche. Elle n’avait qu’à réfléchir à deux fois avant de me repousser, de m’insulter comme elle l’a fait. Je la traite de grosse vache, et c’est la débandade infinie. Aucun de nous de prend le taureau par les cornes afin d’arrêter l’hémorragie.

Les amis nous font remarquer qu’ils ne nous reconnaissent plus. En effet, au moindre malentendu, nous entrons en conflit afin de tenter de convaincre l’autre de sa bêtise et de la véracité de nos émotions et de nos propos. Nous sommes devenus des inconnus, des intrus. Je ne la désire plus, je la trompe, je le lui dis, elle réagit à peine, seulement pour dire qu’elle savait que ça allait arriver, qu’elle l’avait senti le jour de notre rencontre. C’est à n’y rien comprendre, elle salope même le jour de notre rencontre, juste pour se dire qu’elle avait raison, qu’elle aurait dû suivre ses intuitions, qui sont colorées par nos conditions de vie actuelles. Plus de retour en arrière, la rupture est imminente. Elle ne veut pas la provoquer. Elle attend que je la décide, comme j’ai décidé de venir vers elle lors de cette fête. Impossible de la quitter parce que je sens bien qu’il n’y aura aucune possibilité de retour en arrière.

Que devrais-je faire à votre avis ?

Cet article est inspiré de mon ouvrage : La couleur des émotions.