Je m’appelle Désiré et j’ai seize ans. Je pense que mes parents m’ont désiré, parce qu’ils ont sacrifié six ans de leur vie pour enfin me voir naître. J’ai appris qu’il leur était difficile d’avoir un enfant. Ils ont décidé de se mettre d’accord tardivement. Maman, ne trouvant pas d’homme plus malin et plus subtil que papa, s’est contentée d’accepter son sort. Elle donne toute son énergie dans son travail. Elle n’a pas émis de désir plus profond que ça : avoir son propre enfant. Papa l’a poussée dans ses retranchements. Il est une brute, rustre et exigeant avec les autres, et très dur avec lui-même. Il n’a pas idée à quel point je le déteste dans ses coups de gueule, son insatisfaction permanente. J’ai la fâcheuse impression qu’il vit sa vie par procuration. Tout ce qu’il a été incapable de réaliser, il le veut réalisé par moi. Il m’oblige à travailler en classe, à faire mes devoirs, à avoir de très bons résultats. Il m’insulte et me rabaisse quand il n’obtient pas satisfaction. Son père s’est-il comporté de cette façon avec lui ? Il devrait pourtant savoir ce que ça fait. Ses mots blessent, sa violence physique me durcit et me forge une carapace indestructible. Il aurait souhaité avoir la même carrière que maman, il s’est juste facilité l’existence en choisissant une femme carriériste. Il a ainsi la sensation de toucher à ses infinies possibilités. Il est tellement malheureux, ils sont tous les deux si peu compatibles ! Ils ne font que se disputer. Papa gueule sur maman parce qu’elle est trop absente, papa est sur mon dos en permanence, à croire qu’il n’a jamais été adolescent. J’arrive à obtenir tout ce que je veux, matériellement, en culpabilisant maman de son égoïsme. Elle n’arrête pas de me répéter qu’elle fait tout ça pour moi, pour nous. Elle oublie que je ne lui ai rien demandé dans ce sens : il semble évident qu’un enfant ne demande que de l’amour et des règles. Et que pour que cela puisse se concrétiser et s’appliquer, un minimum de présence physique et émotionnelle est nécessaire.

Les adultes sont bizarres, ils vous obligent à faire des choses qu’ils ne feraient pas d’eux-mêmes, ou qu’ils n’aimeraient pas qu’on leur dise de faire. Il suffirait qu’ils nous montrent l’exemple, qu’ils nous guident plutôt que de nous donner des ordres. Franchement, qui peut aimer qu’on lui donne des ordres, à part les militaires, payés en plus pour ça ? Je ne suis pas certain de comprendre les raisons de leur obstination à avoir un enfant si c’est pour se comporter comme des abrutis avec moi. Encore une fois, je n’ai rien demandé, surtout pas l’ennui. Comme je m’ennuie, comme je déteste m’ennuyer ! Même si toutes les musiques, les films, les séries me sont accessibles, je me lasse super vite. Je suis à la recherche de contact rassurant, de présence, de chaleur, de sourire, et je me suis longtemps persuadé que les réseaux sociaux pouvaient combler ce manque, ce vide si imposant en moi. Les années lycée sont plombantes. Plus de liberté qu’au collège, mais pour quoi faire ? Nous n’avons toujours pas le droit de débattre en classe afin de changer le cours des choses, des programmes, de ces livres et ces professeurs soporifiques. Ces derniers osent nous donner des leçons de vie du haut de leur estrade et de ces soi-disant diplômes et connaissances. Ils reflètent l’image de ces hommes et ces femmes qui ont raté leur vie, parce qu’il n’y a aucun amour, aucune affection dans leur manière de transmettre ces pauvres informations qui ne changeront aucunement la direction de ma vie. De mes idées encore moins. Je pourrais leur demander de me donner les moyens de sortir de cet ennui infini, de cette vilenie qui pousse à se torturer l’esprit et l’estime de soi. Mon esprit erre et divague, toute ma richesse intérieure n’attend que d’être stimulée. Et que font les adultes ? Ils obéissent à des lois, des principes, des croyances limitantes. Comment envisager d’utiliser cet ennui pour qu’il me serve de tremplin ? Je dessine, mais ça n’intéresse personne. Mon père me rabâche que ce n’est pas ce qui va me permettre de payer les factures.

Et vous, que disent vos parents pour vous emprisonner et ne pas vous permettre d’exploiter vos ressources infinies ?

Une histoire inspirée de mon roman :
LE JOUR OÙ J’AI COMMENCÉ À EFFACER LES OMBRES