Je m’appelle Carry et j’ai vingt ans. J’ai beaucoup de mal à cerner les garçons de mon âge. Je suis tombée amoureuse de John. Nous avons eu des relations sexuelles dès notre première rencontre, nous avons ri, nous nous sommes plu. Le lendemain, il m’a dit : « on se verra quand on en aura envie », les yeux baissés en mangeant son petit déjeuner, concocté spécialement pour lui. Je venais de tout lui donner, mon âme, mon histoire, mon cœur, mon corps, mon lit, mon temps, mon énergie, et voilà ce que j’entends de lui : « on se verra quand on en aura envie ». Je n’ai pas compris. Impulsive, je lui ai rétorqué : « Et si j’en ai envie et pas toi ? » Il m’a répondu comme on joue au tennis de table afin de marquer un point par un smash : « le contraire est possible aussi, tu peux ne pas avoir envie de me voir ». Promptement, je lui ai avoué : « Moi, j’ai toujours envie de te voir ! » Il s’est levé et s’est approché de moi, tentant de contenir mes émotions, et toujours avec ses yeux baissés : « Ce ne sera peut-être pas le cas dans un mois. » Je lui ai redit : « Mais aujourd’hui, là, maintenant, j’ai toujours envie de te voir, on n’est pas dans un mois. »

Tellement de lignes blanches entre ces mots, tellement de non-dits et d’émotions provoquées par la peur nous ont séparés ! Je me suis sentie seule dans cette relation. J’ai perçu que ce que je ressentais aussi fortement pour lui n’était pas réciproque. Paniquée, j’étais paniquée. Comment pouvait-il rester aussi tranquille et serein ? Il n’avait donc pas apprécié ces moments d’amour, d’échanges de regards, des sens ? Avais-je dit ou fait quelque chose de mal ? Je m’étais livrée sans calcul, je pensais que lui aussi. Il venait de vivre un drame familial, il a souhaité prendre son temps, et je n’ai pas su l’entendre, le comprendre, trop submergée par ma surprise de l’aimer aussi vite, aussi évidemment. 

Pendant l’acte d’amour, je me suis réprimée. Je lui aurais dit « Je t’aime », juste parce que j’étais bien avec lui, parce que nu, j’ai su qu’il me correspondait en tout. J’ai fini par pleurer de désespoir de le sentir si loin de moi. Il a été déstabilisé. Il m’a questionnée : « Qu’y a-t-il ? Tu as peur de souffrir ? » Je lui ai répondu : « Je souffre déjà de ton absence de réciprocité. »

Plusieurs fois, il est revenu vers moi, me disant : « Sois juste. » J’ai dû lui annoncer : « Tout était fluide jusque-là. Nous pouvons ne pas être en phase, mais au début d’une relation, ça me semble problématique. Il vaut qu’on arrête là. » Il a essayé de me prendre dans ses bras. Je lui en voulais déjà de ne pas ressentir les mêmes émotions que moi. Je l’ai repoussé et l’ai mis à la porte de chez moi tellement j’étais bousculée. Tout ce qu’il a trouvé à me dire, c’est : « Tu veux que je jette la poubelle ? »

John est parti, je suis restée en colère, j’ai voulu m’excuser et rester en contact avec lui. Il a refusé d’alimenter mes manquements, mon désespoir, tout particulièrement lorsque je lui ai réclamé sa présence. Aujourd’hui, il ne fait plus partie de ma vie physique, pourtant il est bel et bien présent dans mon cœur et dans ma tête. La frustration mêlée à la culpabilité me rongent. Impossible de le contacter à nouveau, notre histoire s’est réduite à une simple aventure. Difficile et compliqué de passer d’un état de bonheur dans l’union avec l’autre à un état de déception, de colère et puis plus rien. La coupure est brutale. Je me demande s’il pense encore à moi, si j’ai tout de même un peu compté pour lui. J’aimerais tant le revoir !

Qu’en pensez-vous ? Que feriez-vous ? 

Cet article est inspiré de mon ouvrage : Les filles touchent l’eau et les garçons voient une étoile filante.