Je m’appelle Noa, j’ai dix-huit ans, et je me suis amusé à passer au crible toutes les lettres de l’alphabet afin d’en sortir tous les bons moments passés dans ma vie. Ma psy me l’avait conseillé. Sur le moment, je l’ai trouvée bête, je me sentais si mal dans ma peau, dans mes relations avec les autres, dans l’idée d’être devenu un enfant de parents divorcés et d’entendre ma mère faire la liste de tous mes défauts et de toutes les maladies que je risque d’attraper afin de garder le lien avec mon père. Je la déteste pour ça. J’ai appris à lui laisser à elle ses mots, ses projections à force de conviction, de reconditionnement, de reprogrammation. Je me suis révélé à moi-même capable d’être heureux, d’agir pour moi tout en rendant service à mes plus chers amis. En cela, je me suis décidé à commencer cette liste et à la lire tous les jours, le matin au lever et le soir en me couchant. Les lettres qui retiennent le plus mon attention sont celles de mon prénom, plein d’émotion :

  • N comme nuit, noir, noix, nénuphar, noces. La nuit porte conseil, la nuit noire me rassure et me repose. Lorsque je ferme les yeux c’est soit parce que je suis épuisé, soit parce que j’ai décidé de songer à une possible image ou des images sympathiques de mon enfance, soit parce que je désire me soulager d’un lendemain fabuleux en me laissant progressivement aller dans les bras de Morphée.
  • O comme opulence, Occident, orgasme, original, ondes, ourlets, oisiveté. L’opulence est ce à quoi je pense lorsque je m’imagine dans les jours ou les semaines ou les mois à venir en train de réussir. Réussir à obtenir ce baccalauréat scientifique à courir à un rythme régulier autour de cette piste d’athlétisme pendant trente minutes afin d’obtenir la meilleure note de la classe, réussir à accéder à la meilleure version de moi-même, qui est ce petit garçon rempli d’allant et d’amour pour son père, pendant leurs escapades sur le bassin d’Arcachon en bateau, entre hommes, la pêche, les vagues, le ciel, la dune du Pilat, nos sourires, nos envies d’être ensemble, le plaisir d’être reconnu comme un enfant aimable et appréciable, sans condition.
  • A comme amours, architecte, amis. Architecte de ma vie, architecte de mes amours, en particulier avec mon père et celle que j’imagine m’accompagner. Elle ressemblera à Manon, mon amour de CP, cette petite fille pleine de grâce et gentille, surtout très gentille. Je veux devenir architecte pour pouvoir manier le graphisme de l’existence, afin de me mettre à l’abri de toute construction imaginée. Mes amis resteront mes amis, et je me souviens de tous ces bons moments de complicité, de rires aussi, de déconnades, de moments ridicules qui marquent les esprits. La légèreté des rencontres, des mots échangés, des sourires, des émotions transmises.

Je suis heureux de me donner le pouvoir infini de retrouver des aspirations, des temps vécus, des personnes entrées dans ma vie pour mon bien. Je ne réalisais pas que je pouvais être rempli de vibrations et d’émotions positives. C’est un phénomène incroyable de rentrer en soi et d’y voir tous les trésors de vie qui permettent de se sentir plein d’un potentiel sans bornes. Plus de limites ! Qu’une immensité sans fin ! Une ouverture vers mes vastes aptitudes !

Cet article a été inspiré de mon ouvrage: “Le jour où j’ai commencé à effacer les ombres.”