Je m’appelle Déborah. Mon meilleur-ami est un homme, et cela pose problème à la personne qui me convoite. Il le traite de tous les noms, se targuant d’être plus intelligent, plus comique, d’avoir plus de sex-appeal que lui. Mon meilleur ami s’appelle Sélim, il a cinq ans de moins que moi, et en lui, j’ai trouvé une âme sœur. Personne après mes parents n’a jamais été aussi présent que lui. Il est là à chaque fois que j’ai besoin de parler, à chaque fois que je me sens découragée, à chaque fois que je me sens seule. Je ne comprends pas les réactions de Gabriel. Il est jaloux parce que j’ai décidé de passer un week-end avec Sélim, sans lui. Il ne le supporte pas, et quand il ne supporte pas quelque chose, il le descend. C’est plus fort que lui. Il anéantit toutes les personnes qui peuvent me faire du bien. Je me demande s’il aurait réagi de la même manière si Sélim avait été une fille. Gabriel a besoin d’exclusivité, de se sentir unique auprès de moi. Il l’est, logiquement, simplement, d’un point de vue mathématique et physique, c’est lui qui m’attire. Il me fait vibrer, me touche au plus profond de mon cœur. Mais il est aussi source de tracas et de désespoir. Il souhaite obtenir la première place, la priorité, que je lui donne avec plaisir, mais il ne comprend pas, n’accepte pas ma relation d’amitié avec Sélim.

Pourquoi Gabriel a-t-il autant besoin d’entrer en compétition avec Sélim ? Qu’est-ce qui dans sa vie a manqué pour s’exprimer avec douleur ? Il sait que j’ai eu une histoire d’amour avec Sélim au tout début et que ça n’a pas duré, parce que je ne me voyais pas vivre une vie d’amour amoureux avec Sélim. Sexuellement, ce n’était pas la panacée. Nous le savions tous les deux, je ne le désirais plus, je l’ai vite considéré comme un jumeau, mon miroir émotionnel. Je l’aime plus qu’un frère, et je ne l’aime pas comme un amant. Avec lui, je me sens en sécurité, je peux être moi-même, et réciproquement. Nous nous aimons inconditionnellement. Avant lui, j’ai cherché dans tous mes amants cette perfection des sentiments et des émotions, cet idéal affectif. J’avais beau chercher, je me suis confrontée à des murs, des hommes peu enclins à prendre le temps de parler, d’entendre ce que je ressentais, à comprendre qu’il puisse y avoir des déséquilibres sentimentaux quelquefois. Je me suis heurtée à des hommes sans âme, qui dès qu’ils m’avaient mise dans leur lit, ont cru qu’ils pouvaient faire n’importe quoi de moi. Dès que je me suis permis de m’exprimer, d’analyser la situation, de tenter d’être comprise, j’ai été considérée comme une emmerdeuse, une hystérique, une folle qui devait consulter, une malade. La culpabilité demeure ce sentiment si humain qu’il ne sert à rien d’autre qu’à me rabaisser. Elle touche ma confiance en moi-même, l’estime de moi-même, elle m’efface, me fait disparaître sous le joug de l’autre dominant.

Depuis Sélim, je sais que ce que je ressens est normal, que j’ai le droit d’être en colère parce qu’on piétine ma dignité. Et Gabriel ne veut pas concevoir que je sois si à l’aise avec Sélim. Il peut arriver que je ne dise pas certaines choses à Gabriel de peur d’être jugée, sous-estimée, mésestimée. Il me confie que je peux tout lui dire, mais ce n’est pas vrai. Il explose, s’énerve quand je lui communique ce qui ne va pas, ce qui me dérange dans son comportement, son attitude. Il dit que je lui fais des reproches, et il ne le supporte pas. Je suis amoureuse de lui, alors je ne sais plus quoi faire.

Que feriez-vous à ma place ?


Une histoire inspirée de mon roman :
RIEN D’IMPORTANT, JE SUIS UNE FEMME ET J’AI 30 ANS